• Le Corps-Sans-Âme (fin)

    Un nouveau conte de Basse Bretagne

    Kement-ma holl oa d’ann amer


    Ma staote war ho c’hlud ar ier.


     

    Tout ceci se passait du temps


    Où, sur leur perchoir, pissaient les poules.

     

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    — « C’est un secret, que je n’ai jamais dit à personne, mais, je puis bien vous le dire à vous. Ecoutez-moi donc : Ma vie réside dans un œuf, cet œuf est renfermé dans une colombe ; la colombe est dans un lièvre ; le lièvre, dans un loup, et le loup est renfermé dans un coffre de fer, au fond de la mer. Croyez-vous encore qu’il soit facile de m’ôter la vie ? »
    — « Oh ! Non, assurément. »


    Le prince, qui était dans la manche de la princesse, avait tout entendu.


    Dès que le géant se fut retiré dans sa chambre, il reprit sa forme naturelle, et la princesse lui demanda :
    — « Eh bien ! Avez-vous entendu ? »
    — « Oui, j’ai tout entendu. »
    — « Et vous pensez encore que nous pourrons sortir d’ici ? »
    — « Peut-être bien. Ayez toujours confiance en moi, et plus tard, nous verrons.

     

    Il faut que je retourne, à présent, sur la terre, et, quand je reviendrai ici, je tiendrai la vie du géant entre mes mains. »


    Le lendemain donc, dès que parut le jour, le prince, sous la forme d’une fourmi, redescendit le long d’une des chaînes d’or qui retenaient le château, et, quand il eut atteint le rivage de la mer, il s’avança au bord de l’eau et appela le roi des poissons :


    Roi des poissons, accours, accours,


    Car j’ai besoin de ton secours !


    Et un instant après, il vit un petit poisson, qui éleva sa tête au-dessus de l’eau, et parla ainsi :
    — « Qu’y a-t-il pour votre service, fils du roi de France ? »
    — « Il doit se trouver quelque part, au fond de la mer, un coffre de fer, qui renferme la vie du Corps-sans-âme, dans un œuf, et je voudrais tenir ce coffre-là ! »


    Le roi des poissons replongea aussitôt sous l’eau, et se rendit à son palais et donna l’ordre à ses hérauts (officier d’arme) de convoquer aussitôt tous les poissons de la mer, grands et petits.


    Les hérauts soufflèrent dans de grandes conques marines, et les habitants de la mer, grands et petits, accoururent aussitôt, de tous les côtés.


    Le roi prit alors un grand livre, où étaient inscrits les noms de tous ses sujets, et, à mesure qu’il les appelait, ils se présentaient devant son trône, et il leur demandait s’ils n’avaient pas vu, quelque part, au fond de la mer, le coffre de fer qui renfermait la vie du Corps-sans-âme.


    Aucun d’eux ne l’avait vu.


    Tous avaient déjà répondu à l’appel, sans donner aucun bon renseignement, excepté un tout petit poisson, dont on n’attendait rien de bon.


    Enfin, il arriva aussi, et s’excusa d’être en retard.


    Le roi, après l’avoir un peu grondé, lui adressa la même question qu’aux autres.


    Il avait vu le coffre, il savait où il était, et c’est parce qu’il s’était arrêté à l’examiner qu’il se trouvait en retard.


    Aussitôt ordre fut donné à la baleine de partir, sous la conduite du petit poisson, et d’apporter le coffre.


    La baleine exécuta l’ordre de son roi, et apporta le coffre, sans peine.


    Trois autres poissons moins grands furent dépêchés pour l’aller déposer sur le rivage, aux pieds du prince.


    Celui-ci l’ouvrit, la clef se trouvait dans la serrure, et un loup énorme s’en élança aussitôt.


    D’un coup de cognée, dont il avait eu soin de se munir, le prince fendit la tête du loup et le tua roide.


    Puis, il lui ouvrit le ventre.


    Un lièvre s’en élança. Mais, il le saisit par les oreilles et lui ouvrit aussi le ventre, et la colombe lui glissa entre les mains et s’envola, en claquant des ailes : Klak ! Klak ! Klak ! Klak ! !

     

    — « Comment faire ? » Car il n’avait pas de fusil.

     

    Il songea au vieil ermite qui lui avait dit qu’il était le maître de tous les animaux qui avaient des ailes, et il l’appela à son aide.


    L’ermite envoya aussitôt un épervier après la colombe, qui fut prise sans peine et remise entre les mains du prince.


    Celui-ci lui ouvrit le ventre, et y trouva l’œuf auquel était attachée la vie du Corps-sans-âme.


    Il le recueillit précieusement, le mit dans sa poche, et retourna, vite, au château du géant, par le même chemin que la première fois.


    Le géant était étendu sur son lit, très malade et presque agonisant. A chaque animal tué par le prince, il s’affaiblissait, à vue d’œil, comme si on lui eût coupé un membre.


    La princesse était auprès de son lit.


    Le prince entra dans la chambre, sous sa forme naturelle, tenant l’œuf à la main et le montrant au monstre. Celui-ci fit un effort suprême pour s’élancer sur lui. Mais, hélas ! Ses forces le trahirent.


    Alors, le prince lui lança l’œuf au milieu du front, où il se brisa, et il expira à l’instant même.


    Et aussitôt les chaînes d’or, qui retenaient le château en l’air, se rompirent, avec un bruit épouvantable, et tout s’engloutit au fond de la mer !


    Le prince et la princesse étaient déjà montés dans le carrosse du géant, qui voyageait à travers l’air, et ils furent rendus en peu de temps au palais du roi de France.


    Grande y fut la joie de tout le monde de les revoir, et ils se marièrent, quelques jours après, et il y eut, à cette occasion, des fêtes, des jeux et des festins, comme on n’en avait jamais vu de pareils, dans le pays.


    Si j’en puis parler de la sorte, c’est que j’étais là moi-même, comme tournebroche.


    Mais, comme je mettais mon doigt dans toutes les sauces, un grand diable de maître cuisinier, qui me vit, me donna un grand coup de pied… quelque part, et du coup, je fus lancée jusqu’à Plouaret, pour vous conter tout ceci.

     

    (On trouve aussi des Corps sans âme dans les traditions populaires des peuples Slaves. L’Ogre ou le Magicien Kostey, de l’Esprit des Steppes et du Tapis volant, dans le recueil de M. Alexandre Chodzko, Contes des paysans et des pâtres Slaves, est un Corps sans âme. Ils existent pareillement dans les traditions et dans les contes tartars. Les rapprochements à faire seraient nombreux et intéressants.)


    Conté par Catherine Doz, femme Colcanab, au bourg de Plouaret. —Janvier 1869.

    « Une journée bien chargée ....!!!Humour du jeudi...!!! »

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  • Commentaires

    19
    Jeudi 7 Octobre 2010 à 13:28
    Ramu

    Elle est très jolie cette histoire avec tous ces personnages.Bisous,ma Zaza.

    18
    Mercredi 6 Octobre 2010 à 23:05
    dalila

    slt ma chere,un passage pour te souhaiter une douce nuit,bizzzzzzzzzzou

    17
    FLB
    Mercredi 6 Octobre 2010 à 21:20
    FLB

    Même pour une fourmi, ça ne doit pas être facile de grimper avec un oeuf sur une chaine !

    A demain, vais me coucher, pas la forme cette semaine !

    Bises

     

    16
    Mercredi 6 Octobre 2010 à 21:07
    francine

    bonsoir, tout est bien qui finit bien, un joli conte, la bretagne en est riche; bonne soirée bisous

    15
    Mercredi 6 Octobre 2010 à 18:27
    SONYA 972

    la persévérance paie

    et aussi la confiance et l'amitié

    gros bisous ma Zaza

    14
    Mercredi 6 Octobre 2010 à 18:20
    dany  sailly

    TU ES UNE VRAIE PRINCESSE MA BELLE ZAZA  BIG BISOUS

    13
    Mercredi 6 Octobre 2010 à 17:12
    catcent

    Un tres beau conte, et peu importe la manière qu'il est conter, toujours un plaisir à lire.

    Bisou ZAZA au prochain bye

    12
    Mercredi 6 Octobre 2010 à 16:19
    fanfan

    Voilà une belle fin comme j'aime !Que de péripécies;on retrouve notre âme d'enfant à lire ces contes d'autrefois; j'ame bien la conclusion!

    Bises

    11
    Mercredi 6 Octobre 2010 à 16:14
    mel-and-tof

    Bonjour ma Zaza chérie

    Cette histoire était très belle ,,ils vécurent heureux et eurent b eaucoup d'enfant ,Superbe légende !

    J'are le moumoune sut ta page précédente ,il est trop n eau !
    Je te souhaite ma douce une excellente journée
    Gros bisous  Méline

    10
    Mercredi 6 Octobre 2010 à 16:10
    Nettoue

    Pourquoi, n'as-tu que du baby foot ?

    Rebises ma chérie

    9
    Mercredi 6 Octobre 2010 à 16:09
    Nettoue

    Certes, mais je n'aime pas que l'on tue les animaux ! Les violeurs d'enfants, iraient peut-être ?

    Bisousss ma Zaza

    8
    Mercredi 6 Octobre 2010 à 15:07
    p'tite fée nougat

    une fin digne de conte de fée!

    7
    Mercredi 6 Octobre 2010 à 14:36
    Anne Bilou

    bonjour zaza

    tout est bien qui finit bien et quelle belle leçon de solidarité ce conte

    tout gros bisous passe une bonne après midi

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    6
    Mercredi 6 Octobre 2010 à 12:30
    Madame x

    qu'est ce qu'il est beau ce conte là...j'aime les contes car ça fini toujours bien...ils se marire et eurent beaucoup d'enfants... 1869...ça fait un bail!!!bisous ma Zaza. Bonne journée.

    5
    Mercredi 6 Octobre 2010 à 10:16
    peintrefiguratif (ra

    tout est bien qui fini bien c'est cela les contes cela fini toujours bien pour les princes et lles princesses

    bonne journée

    à partir de demain soir serai occupée avec mon amie monelle qui vient me voir pendant quelques jours je passerais moins souvent bisous

    4
    Mercredi 6 Octobre 2010 à 09:28
    Monelle

    Comme les enfants, j'adore les contes alors avec toi je suis gâtée !

    Bonne journée à toi - gros bisous

    Monelle

    3
    Mercredi 6 Octobre 2010 à 09:17
    micha

    bonne JOURNEE lol

    2
    Mercredi 6 Octobre 2010 à 08:47
    moqueplet

    mais que d'imagination....où va-t-elle chercher tout ça.....tout est bien qui finit bien....passe un beau mercredi

    1
    Mercredi 6 Octobre 2010 à 08:38
    Mounette

    Quelle aventure ... mais aussi pourquoi les hommes n'écoutent jamais ... mais heureusement car nous n'aurions pas eu le plaisir de lire ce beau conte qui se termine comme toujours par un somptueux banquet d'épousailles ... et un magistral coup de pied au cul !!!

    Merci Zaza pour ce moment délicieux

    Bonne journée

    Bises

    Mounette

     

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