• Après le D-DAY 

    Après le D-DAY  *-*-*-* (4ème partie)

    Quatrième partie

    Trois semaines passèrent ! Les alliés avaient avancé et consolidé leurs positions, mais dans la petite ferme de l’Eugène et de la Gertrude,

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    ils n’étaient pas passés. Le couple avait tout simplement omis de signaler la présence des deux hommes aux autorités.

    • Peut-être par crainte de reproches après leur soutien envers le gouvernement de Pétain pendant les quatre années d’occupation, même s’ils n’avaient pas collaboré ?
    • Peut-être par cette habitude de beaucoup de paysans de se méfier de tout ?
    • Peut-être parce qu’ils ne comprenaient tout simplement plus rien à rien ?

    Ils avaient même dissimulé Helmut au Docteur Campion

    Après le D-DAY  *-*-*-* (4ème partie)

    qui lui-même ne leur proposait plus de remettre Jack à l’armée américaine. Il soupçonnait sa désertion et le couple de paysans s’en occupaient fort bien.

    Gertrude avait même nettoyé la salle commune

    Après le D-DAY  *-*-*-* (4ème partie)

    et l’Eugène chassait maintenant les poules qui voulaient rentrer.

    Les premiers jours Jack avait déliré, il parlait de la guerre,

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    de la progression dans l'au pour arriver à la plage,

    Après le D-DAY  *-*-*-* (4ème partie)

    des trous à creuser sous le feu de l’ennemi pour être un peu en sécurité avant le prochain trou,

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    des cadavres qu’il fallait évacuer sans cesse,

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    les cris, des copains qui tombent et oublient de se relever.

    Il implorait sa mère ou Marie comme si elles étaient uniques, marmonnait parfois quelques airs de jazz avant de tousser et cracher.

    Puis, il avait commencé à ouvrir les yeux plus régulièrement et à se demander où il était avant de sombrer à nouveau dans un semi sommeil.

    Helmut était toujours prisonnier dans la porcherie

    Après le D-DAY  *-*-*-* (4ème partie)

    et s’il avait à manger deux fois par jour ainsi qu’un peu de tabac et de cidre. Il vivait dans une semi obscurité le jour, sans pouvoir se mettre debout car le plafond n’était pas à la hauteur de ses 1 mètre 80 et surtout dans une puanteur qu’il retrouvait après chacun de ses réveils.

    - « Ne pouvez-vous pas m’enfermer dans une autre pièce ? » demanda-t-il un jour à l’Eugène.

    - « C’est assez bon pour ce que vous avez fait endurer aux français ! »

    Helmut ne répondit pas, il ne sentait pas capable

    • d’expliquer à ce vieux paysan, qu’il ne voulait pas de cette guerre, qu’il aimait la France, qu’il aimait une femme qui vivait dans ce pays dont il n’avait pas de nouvelles et que seul son sort lui apportait.
    • Expliquer aussi ce que le régime nazi avait fait subir à l’intérieur même de leur frontière naturelle aux juifs, communistes, tsiganes, homosexuels et tout êtres humains différents.

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    • Expliquer comment les nations européennes avaient été lâches devant la montée du nazisme en Allemagne et du fascisme en Italie.
    • Expliquer la bêtise humaine depuis … depuis que l’homme existe !

    Ce même jour, l’Eugène commença à se confier à Jack qui retrouvait jour après jour un peu de forces et des possibilités de parler.

    Il lui parla d’abord de la guerre de 14-18, qu’il avait fait comme brancardier, puis de la difficile vie des fermiers, de sa femme qui n’avait pu lui donner un fils pour l’aider et le soulager dans les travaux journaliers.

    De confidences en confidences, de verres de calvados en verres de calvados,

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    il avait parlé avec cette bravoure de cet allemand qu’il avait trouvé dans la grange et fait prisonnier.

    - « Que dois-je en faire ? »

    - « Comment est-il ? » Demanda aussitôt Jack au paysan en se redressant dans son lit.

    - « Je ne sais pas …il est grand et blond comme beaucoup d’allemand. »

    L’Eugène s’inquiéta tout à coup de la réaction de l’américain et regretta ses révélations.

    Jack essaya de se lever, mais il n’avait pas assez de force et il retomba sur son lit.

    - « Je veux le voir de suite … »

    - « Mais vous n’en êtes pas encore capable ! »

    - « Alors allez le chercher ! »

    Pour Helmut, l’ouverture de la porte et la lumière qui entrait, étaient avec le repas, le seul bonheur de la journée, mais rapidement il sentait une brûlure aux yeux qui à force de vivre dans la pénombre s’étaient fragilisés.

    Le reste du temps, le vol du bourdon

    passait toujours en lui, obsédant et il s’accrochait aux souvenirs de sa femme pour ne pas sombrer dans la folie.

    Il fut étonné de voir la porte s’ouvrir en pleine journée et se mit à espérer que les américains soient là pour le faire prisonnier.

    Il voulait s’échapper de cette porcherie

    Après le D-DAY  *-*-*-* (4ème partie)

    et était prêt à tout pour en sortir, sauf qu’il n’avait plus la force de courir. L’Eugène avait toujours son fusil de chasse à la main et lui demanda de sortir aussitôt.

    Helmut tenait à peine debout, son uniforme était déchiré et il était imprégné de l’odeur toujours présente du porc.

    - « Qu’allez-vous faire ? »

    - « Ne posez pas de questions et avancez lentement devant moi ! »

    - « Si vous croyez que j’ai encore la force de courir, je ne mangerai plus de cochon de ma vie … »

    L’Eugène réalisa tout à coup que depuis le début, il n’avait pas mis de cartouche dans le fusil, ce qui était impardonnable pour un chasseur comme lui.

    Il se demandait aussi avec une grande inquiétude ce qui allait se passer lors de la rencontre entre les deux hommes.

    L’américain avait dû être blessé par un allemand et l’autre devait détester les alliés.

    Mais quelle idée, il avait eu de sauver ce soldat et de garder l’autre prisonnier ? Son père ne lui avait–il pas dit et répété de ne jamais s’occuper des affaires des autres.

    Et pire, la Gertrude avait eu raison lorsqu’elle lui avait conseillé d’attendre la fin des hostilités pour reprendre son braconnage.

    Helmut pénétra dans la salle commune en chancelant, en se tenant aux murs et se demandant ce que le paysan lui réservait.

    La musique avait cessé, il était là et s’apprêtait même à mourir avec résignation. Il vit le lit avec un corps allongé et pensa d’abord, qu’il s’agissait du fils du paysan qui avait été blessé par les troupes allemandes.

    - « Je comprends maintenant pourquoi vous m’affligez cette humiliation ! » lâcha Helmut en se retournant tristement vers le vieux paysan .

    - « Helmut, c’est toi ? » Demanda Jack en se redressant.

    - « Jack… »

    - « Oui… »

    - « Tu es vivant ? »

    - « Oui maintenant, je crois … »

    Helmut croyait rêver ou délirer à la recherche d’un escalier vers une sortie possible.

    Les lampes à pétrole de la salle à manger l’aveuglaient et n’éclairaient que faiblement la pièce.

    - « Ce n’est pas moi qui t’es poignardé ! Ce n’est pas moi ! ! »

    - « Je sais et je ne l’ai jamais pensé. Je t’en crois incapable même si tu n’es qu’un vulgaire musicien classique ! »

    Jack arborait pour la première fois depuis sa blessure, un large sourire. Helmut s’approcha tout tremblant et ils se serrèrent la main,

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    se mirent tous deux à pleurer avec des larmes d’hommes, de douleurs et de poussière.

    L’Eugène regarda Gertrude sans rien comprendre.

    • On lui avait dit après la guerre de 14-18 que c’était la dernière guerre.
    • On lui avait dit en 39 que la France ne ferait qu’une bouchée de l’Allemagne et la ramerait rapidement à la raison.
    • On lui avait dit que l’Allemagne était la plus grande armée du monde et qu’elle était invincible.
    • On lui avait dit que les américains étaient venus les délivrer et chasser les allemands.
    • On lui avait dit tant de choses, qu’il avait cru.
    • Mais il n’avait jamais imaginé que deux soldats, allemands et américains, se retrouveraient dans sa ferme et qu’ils pleureraient ensemble. 

    Il ouvrit le placard, sortit à nouveau une bouteille de calva, se laissa tomber sur sa chaise devant sa table, se servit un grand verre et l’avala cul sec avant de s’en verser un nouveau.

    Gertrude fut la première à rompre le silence en apostrophant les deux hommes.

    - « Si vous nous expliquiez, on n’aime pas qu’on nous prenne pour des imbéciles ici ! » 

    Lorsque Helmut et Jack eurent raconté leurs histoires respectives, l’Eugène avait d’abord commencé par se mettre dans une furieuse colère en hurlant que lui n’aurait jamais déserté, qu’il n’était pas un lâche, que c’était un honneur de se battre pour sa nation.

    Il avait seulement oublié qu’entre 1914 et 1918 il n’avait pratiquement jamais eu à porter le fusil, jamais à tuer et à sortir des tranchées sous le feu de l’ennemi.

    Mais lorsque Helmut lui avait demandé des habits civils et s’était proposé en échange de travailler à la ferme en attendant que Jack se rétablisse, l’Eugène avait changé de ton en se disant que c’était toujours ça de gagné.

    Après le D-DAY  *-*-*-* (4ème partie)

    Il était inconcevable maintenant que Jack et Helmut ne partent pas ensemble retrouver leur femme respective 

    Dès le lendemain Helmut avait apprécié de se retrouver habillé en civil, des frusques trop courtes et raccommodées à maintes reprises.

    Comme il était bon de quitter cette porcherie qu’il avait surnommé sa taupinière d’angoisses, de retrouver l’air pur, de ne plus vivre sous la menace d’un fusil, de pouvoir enfin refaire des rêves.

    A demain pour la fin IWikipedia: I is the ninth letter and the third vowel in the ISO basic Latin alphabet.

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