Un prix scolaire décerné à mon papa
pour son certificat d’étude
Tellement lu et manipulé par des mains enfantines

Première partie (suite)
Chapitre premier (suite)
Dans lequel le lecteur fait connaissance
Avec quelques hommes d’épée pauvres
Mais malhonnêtes
Approchons nous de cette table et écoutons :
- Alors, Hippolyte, mon jeune, gracieux et fidèle ami, disait Rosencœur d’un vois avinée, c’est toujours cette même qui met un pli à ton beau front ?
- Oui ? par les cornes du diable ! répondit Mistouflet en donnant un grand coup de poing sur la table, ce qui renversa tous les verres, tous les gobelets, et fit choir trois bouteilles qui tombèrent si malheureusement sur le plancher qu’elles s’y cassèrent.
Ce désastre provoqua l’hilarité de tous les bons garçons qui se trouvaient autour de la table, mais Hippolyte Mistouflet tenait à son bien et professait dans toutes les choses de la vie la plus stricte économie, se fâcha tout rouge.
- Regardez mes gentilshommes, s’écria Rosencœur, pouffant d’un gros rire, notre digne hôte va pleurer son méchant vin de Puteaux qu’il nous vend pour du vrai Bourgogne.
Cette allusion à son métier de cabaretier acheva d’exaspérer l’aimable frère de Galaxaure. Il se leva, tira son épée et dans une pause qui ne manquait pas noblesse attendit les évènements.
A ce moment, un nouveau personnage entra brusquement en scène. C’était un tout jeune homme, à l’air candide.
Sur son rose visage, quelques poils follets frisaient à la place où se portent d’ordinaire les moustaches.
Ses beaux yeux bleus respiraient la bonté, l’innocence, sa voix était douce, ses mains étaient blanches et sans l’uniforme du régiment de Bretagne qu’il avait sur le dos, vous l’eussiez certainement prix pour quelqu’un d’église.
Ce charmant jeune homme était pourtant un des plus redoutables bandits de Paris.
Ses honorables collègues le connaissaient sous le nom de Cantaloube, dit la Colombe.
Derrière lui, son lieutenant et associé, le tout aimable Claquebise, un grand diable à mine sournoise et cruelle se tenait raide comme un échalas.
Cantaloube avait donc apparu au moment précis où Hippolyte Mistouflet se déterminait à couper les oreilles du trop joyeux Rosencœur.
- Remets Françoise dans son fourreau, mon bon Hyppolite, commença le nouveau venu d’une voix si musicale que vous eussiez dit une jeune demoiselle parlant à ses petites amies. Remets Françoise dans son fourreau. Ce n’est pas une raison parce que tu es de mauvaise humeur, pour vouloir étriper les gens. Reprends ton escabeau, assieds-toi à côté de moi et causons comme deux bons camarades, de Pepe Pippo, du petit jeune homme qui s’appelle René, de Jonas Larseneur et de ce bon monsieur César Hervier Lechat Poulain de la Poulinière qui a de si belles pistoles qu’il distribue si généreusement à ceux qui le servent bien.
La physionomie de Mistouflet passait, pendant que Cantaloube parlait, par tous les degrés de l’ahurissement. Depuis l’étonnement léger jusqu’à la stupéfaction profonde.
Dans son trouble, il laissa même tomber son épée et ne put qu’articuler ces quatre mots :
- Tu sais donc cela ?
- Je sais tout, répliqua Cantaloube en éclatant de rire.
- Moi, j’ai toujours pensé que c’était le diable, murmura Rosencœur qui était fort superstitieux, à l’oreille d’un autre gentilhomme qui répondait de Pfyffer d’Altishoffen.
- Oui, mais, ajouta Mistouflet cherchant à reprendre un peu d’assurance, tu sais tout cela, mais tu ne sais pas où se trouve le jeune homme et le vieux soldat. Tu ne sais pas s’ils sont à Paris ou en province, en Amérique ou en Chine.
- Je sais tout cela, articula pour la seconde fois Cantaloube.
Peu à peu les bruits s’étaient éteints dans la vaste salle, chacun se pressait autour du bandit, admirant cet homme qui ne paraissait pas avoir vingt ans et qui savait tout et qui pouvait tout.
A DEMAIN POUR LA SUITE