Au travers les cartes postales anciennes
Je ne vais traiter que la cas de ma Bretagne,
qui a subi tellement de changement,
tout comme en France.
Sources : une Bretagne si étrange 1900-1920 de James Eveillard et Patrick Huchet
Si l’invocation du Saint,
ou l’eau de la fontaine n’on pas rendu la santé au malade,
Fontaine Sainte Anne d'Auray
Fontaine Saint Roch - Moellan S/Mer
Source miraculeuse

l’intervention de l’homme devient nécessaire.

Mais plutôt que de faire appel au médecin, objet de toutes les méfiances (« et puis, cela coûtait cher » !), on fait appel au « Louzaouer », celui qui a des dons.
Guérisseur ou « sorcier », peu importe l’appellation, pourvu que l’on soit guéri par ce personnage craint et respecté, qui soigne le malade, d’une manière pour le moins étrange, comme cette méthode employée par le guérisseur de Saint Gérand, près de Pontivy.
« Il préparait neufs brins de paille d’avoine présentant chacun un nœud. Avec chaque brin, il faisait neuf tours la dartre en récitant à chaque tour cette formule :

Delùaden, delùaden,
Dé ket amen ema hou leh !
Hou leh man én tan é losken
Pé « bahr mor é vein ».
Dartre, dartre,
Ce n’est pas ici qu’est ta place !
Ta place est au feu à brûler
Ou « dans la mer à te noyer ».
Extrait de l’ouvrage En Bretagne morbihannaise, par Henri-François, Ed Arhaud 1947
Grotte miraculeuse de Brandivy

« Une guérisseuse de Brandivy faisait disparaître les furoncles an traçant un cercle autour du mal, en le couvrant d’un linge noué, dit « Klum Gildas » et répétant :
« Le furoncle (er verb) a neuf filles … De neuf, elles viennent à huit … etc, de feux à une, de une à …. »
Ici elle soufflait et concluait : « … à rien »
Le mal, affirmait-on, disparaissait aussitôt. »
Ces guérisseuses ou « décompteuses » étaient particulièrement réputées pour les maladies de peau : verrues, furoncles, dartres, etc. …
Les formules « magiques » étaient transmises parfois de père à fils, le plus souvent de mère à fille, de belle-mère à bru, de vieille voisine à jeune voisine. La médecine populaire était presque toujours aux mains des femmes, et l’on prenait toujours la précaution de n’initier qu’une personne à ses secrets.
Les rebouteurs (ou rebouteux),
n’avaient pas leur pareil pour remette en place un bras démis, soigner une foulure ou une articulation défaillante.

On vit se constituer de véritables dynasties de « rebouteurs », comme celle des Le Carrer, opérant à la Maison des Choux à Lanester, Pont-Augan en Baud ou à la Croix-Percée en Pluneret.
Celui de Muzillac, Josso, jouissait d’une réputation dépassant largement les frontières du pays.
Ce rebouteur cumule ses fonctions avec celles de jardinier et de débitant.
Au reste, presque tous les chirurgiens de campagne tenaient des auberges.
Le motif est bien simple à trouver.
Si Josso tenait ouvertement boutique de médicastre, avant une semaine il serait arrêté pour exercice illégal de la médecine; mais le malin compère se garde bien d'avouer les faits, impossibles à prouver.
Il ne soigne que des paysans dont il est certain de la discrétion, et d'ailleurs une telle auréole enveloppe les rebouteux de ses rayons glorieux et protecteurs, que jamais un fermier ne voudrait trahir celui qu'il considère comme un bienfaiteur
On reste quelque peu interloqué en face à cette carte postale, où il est censé soigner un patient … avec l’aide de quelques « assistants » !
Autres cartes postales de rebouteux et rebouteuses

Comment « faire partie » le zona ???
Zona : « Affection douloureuse de la peau caractérisée par des éruptions vésiculeuses ; localisées sur le trajet d’un nerf de la sensibilité » (Petit Larousse)
C’est ainsi qu’en termes savants (et quelque peu incompréhensibles au commun des portels), cette éruption cutanée est décrite !
Augustin Le Foll nous livre la « formule magique » utilisée par un rebouteux pour « la faire partir », telle qu’il a pu l’observer, à l’action.
« Le rebouteur fait déshabiller le malade, lui passe la main sur la poitrine, dans le sens où marche le soleil et prononce cette formule :
Telou-Deved, tec’h, tec’h
Neked ama ma da lec’h nag amam, nag neb-lec’h!
Etre bao mor a bo mene
Eno ma da vele.
Zona, retire-toi, retire-toi,
Ce n’est pas ici ta place, ni ici, ni ailleurs !
Entre neuf mers et neuf montagnes
Là est ton gite »