Fanch ar Floc'h était forgeron à Ploumilliau.
Comme c'était un artisan modèle, il avait toujours plus de travail qu'il n'en pouvait exécuter.
C'est ainsi qu'une certaine veille de Noël, il dit à sa femme après le souper:
- « Il faudra que tu ailles seule à la messe de minuit avec les enfants : moi, je ne serai jamais prêt à t'accompagner : j'ai encore une paire de roues à ferrer, que j'ai promis de livrer demain matin, sans faute, et, lorsque j'aurai fini, c'est, ma foi de mon lit que j'aurai surtout besoin. »
A quoi sa femme répondit :

- « Tâche au moins que la cloche de l'Elevation ne te trouve pas encore travaillant. »
- « Oh! » fit-il , « à ce moment-là, j'aurai déjà la tête sur l'oreiller. »
Et, sur ce, il retourna à son enclume, tandis que sa femme apprêtait les enfants et s'apprêtait elle-même pour se rendre au bourg, éloigné de près d'une lieue, afin d'y entendre la messe. Le temps était clair et piquant, avec un peu de givre. Quand la troupe s'ébranla, Fanch lui souhaita bien du plaisir.
- « Nous prierons pour toi », dit la femme, « mais
souviens-toi, de ton côté, de ne pas dépasser l'heure sainte. »
- « Non, non. Tu peux être tranquille. »
Il se mit à battre le fer avec ardeur, tout en sifflotant une chanson, comme c'était son habitude, quand il voulait se donner du cœur à l'ouvrage.
Le temps s'use vite, lorsqu'on besogne ferme.
Fanch ar Floc'h ne le sentit pas s'écouler.
Puis, il faut croire que le bruit de son marteau sur l'enclume l'empêcha d'entendre la sonnerie lointaine des carillons de Noël, quoiqu'il eût ouvert tout exprès une des lucarnes de la forge.
En tout cas, l'heure de l'Elevation était passée, qu'il travaillait encore. Tout à coup, la porte grinça sur ses gonds.
Etonné, Fanch ar Floc'h demeura, le marteau suspendu, et regarda qui entrait.
- « Salut ! » dit une voix stridente.
- « Salut ! répondit Fanch. »
A DEMAIN POUR LA FIN