Mona la fille de la terre
(Deuxième partie)

Il en était fâché, ulcéré, malade, si furieux qu’il en devint épouvantable.
D’abord, il tenta d’enfermer Mona, pour que son fils ne puisse l’apercevoir, mais cela ne servit qu’à faire dépérir le jeune homme.
Alors son père prit la décision de le marier, pour qu’il oublie la fille de la Terre.
Peine perdu : le jeune homme ne regarda même pas sa fiancée, et continua de demander comme chaque jour à son père de lui donner Mona pour femme.
- « Jamais ! Jamais ! Jamais ! »
Le vieux roi ne céderait pas, et plutôt que de voir la jeune fille de la Terre au bras de son fils, il préférait la voir morte.
Voilà, sa décision était prise. Il fit venir son fils, et lui dit :
- « Ta fiancée a assez attendu. Demain, tu l’épouseras. Quant à Mona, si elle veut rester en vie, il lui faudra prouver qu’elle est une excellente servante, car je ne veux pas ici de bouche inutile. Elle préparera le repas de noce. S’il n’est pas bon, elle mourra. »
Le lendemain, Mona fut convoquée aux cuisines.
Le vieux roi lui donna quelques grandes coquilles d'ormaux vides et lui ordonna de préparer le meilleur des repas.

Puis, sans écouter la jeune fille, il rejoignit le cortège de la noce qui se dirigeait vers l’église.
Le cortège s’étirait tout au long de la Voie Royale, la plus belle route du royaume. Le jeune Morgan aux côtés de sa promise.

Il avait l’air détendu, presque gai, ce qui rassura bien son père. Mais voilà que soudain, il s’arrêta et se frappa le front en riant.
- « Oh mon père, c’est trop d’étourderie : j’ai oublié les alliances sur la table ! Je cours les chercher et je reviens. »

Et avant que son père n’ait pu l’en empêcher, il fit demi-tour.
Comme il arrivait aux cuisines, il aperçut Mona qui pleurait. Elle se jeta dans ses bras.
- « Je dois faire le repas », sanglota-t-telle, « et on ne m’a rien donné pour cela : ni feu, ni rien à faire cuire. »
- « Ne pleurez pas, ma douce, je suis là. Je vais vous aider. »
Il tendit le doigt vers le foyer, et le feu s’alluma aussitôt.

Il toucha les marmites, et elles se remplirent de poisson finement cuisiné et de succulentes sauces aux crustacés.
Puis il dit :
- « Je vous sauve la vie, ma douce, mais hélas je vous perds, car je me marie ce matin. Sachez pourtant que je n’aime que vous, pour toujours. »
Ils pleurèrent tous deux. Mais les larmes ne pouvaient servir de rien, et le Morgan dut repartir pour l’église.

- « Alors ! grogna le vieux Morgan en pénétrant dans les cuisines. Voilà le mariage célébré. Tout est-il prêt, Mona ? »
Il jeta un coup d’œil aux marmites, resta stupéfait, puis serra les dents. Il l’aurait juré: la magie de son fils était pour quelque chose dans ce repas trop bien préparé.

- « Tu m’as trompé », dit-il à Mona d’un air mauvais, « mais tu ne perds rien pour attendre. Ce soir, tu veilleras à l’entrée de la chambre de mon fils et de sa femme, en portant un cierge. Si par malheur tu laisses s’éteindre le cierge, alors tu mourras. »
Mona se sentit devenir de glace : forcément, la flamme s’éteindrait quand la cire serait entièrement consumée.
Elle se dit qu’elle allait mourir, et voulut prévenir le jeune Morgan.
Hélas, toutes les portes étaient closes.
Elle était enfermée dans les cuisines, tandis que son ami était bloqué dans la grande salle par le festin d’où il ne pouvait s’échapper.
Alors, Mona fondit en larmes.

Elle s’excusa en pensée auprès de ses parents, de sa mère dont elle avait douté, de son père qu’elle avait méprisé, et recommanda son âme à Dieu.
Le soir venu, le vieux roi accompagna son fils jusqu’à sa chambre :
- « Comme c’est la coutume », annonça-t-il, « quelqu’un montera la garde devant votre porte, en tenant une chandelle. Ne vous inquiétez donc pas si vous entendez du bruit. »

Le jeune Morgan voulut demander qui monterait la garde, mais son père était déjà parti.
Le jeune homme se dit qu’il s’agissait forcément d’un des serviteurs du château, et n’insista pas.
Toutefois, au bout d’un moment, il crut entendre parler dans le couloir. Le vieux roi ne savait pas chuchoter. On percevait sa voix étouffée, qui demandait :
- « Le cierge est-il bientôt consumé ? »
- « Pas encore, » répondit une voix douce, que le jeune Morgan aurait reconnue entre mille.
Quelques minutes passèrent.
- « Le cierge est-il bientôt consumé ? »
FIN DE LA DEUXIEME PARTIE