LES LAVANDIERES DU RAUCO
Ce tableau, les lavandière de nuits,
a été peint par Yan'Dargent
et se trouve au musée de
Quimper
Guillo, c'est le bon à rien du village, paresseux du soir au matin.
Il ne sait que boire et chanter après avoir bu.
Tout le monde le connaît à Tréhorenteuc.
Ce soir là, Guillo a le vent en poupe.
Il a passé toute la soirée au café du village et le voilà qui rentre chez lui, sous la
pleine lune, en chantant à tue-tête.
La nuit est trop douce pour prendre le raccourci par les prés, aussi prend-il la route qui
monte vers Trébottu.
Lorsqu'il arrive au petit pont sur le Rauco, le ruisseau qui descend le Val sans Retour,
Le val dans retour

Guillo entend des bruits sourds, des battements à sa gauche, près du moulin en ruine.
Il est intrigué alors il quitte la route et longe le ruisseau pendant un bon
moment.
Il se heurte sur les souches, il trébuche sur les pierres, et il patauge dans la
boue.
Là il aperçoit deux femmes vêtues de blanc agenouillées au bord du
ruisseau.
Elles lavent un grand drap en le frappent de leur battoir.
Guillo, malgré l'ivresse n'en croit pas ses yeux : est-ce une heure pour laver du linge en
pleine forêt ?
Qu’importe, il fait demi-tour mais alors qu'il repart, le voilà qui trébuche encore sur
une grosse pierre puis enfin il tombe dans le ruisseau.
Les deux lavandières sursautent et se tournent vers lui.
Mon Dieu, quels visages ! La lumière blafarde de la lune éclaire ces visages qui semblent
sans vie, aux traits durs et profonds et aux yeux noirs et vides.
Guillo est terrifié, il bondit hors de l'eau mais le pauvre n'a pas le temps de fuir
que l'une des femme lui crie :
- « Approche ! Viens nous aider. »
Guillo, comme pétrifié, s'approche cependant des lavandières en
titubant.
Il lui est impossible de fuir tant la voix l'attire comme une guêpe sur une tartine de
miel.
Les femmes lui tendent alors le drap qu'elles ont lavé ruisselant
d'eau.
- « Eh bien ! dit l'une d'elles, qu'attends-tu ? Aide nous à tordre ce
drap. »
Sans réfléchir, embrumé par les vapeurs d'alcool, Guillo saisit l'extrémité du
drap.
A l'autre bout, les lavandières tordent le linge, mais il ne bouge pas et c'est avec
peine qu'il parvient quand même à dire :
- « Mais qui êtes-vous ? Et pourquoi lavez-vous ce drap en pleine nuit
? »
- « Nous lavons le linceul d'un homme qui doit mourir cette nuit. Si nous ne le
faisons pas, le pauvre n'aura même pas un linceul pour son dernier voyage. »
Sur le coup, Guillo prend ça pour une plaisanterie et il éclate de rire et il est
finalement tellement bonne humeur, qu'il se met à tordre le drap de son côté.
Puis il tord le drap en le tournant de gauche à droite.
- « Malheur ! s'écria l'une des femmes. Il a tordu le drap dans le sens maléfique
! »
- « Malheur ! Malheur ! » s’écria l'autre.
A DEMAIN POUR LA FIN