Première partie
Le bûcheron Jérôme,
et sa femme Gertrude,
après une journée de travail, étaient assis dans le petit enclos attenant à leur cabane située dans la paroisse d’Essé.
— « Ouf ! » disait le vieillard, (il avait près de 60 ans), en détirant ses membres,
« Je suis brisé ce soir. En ai-je abattu aussi de ces malheureuses branches qui se tordent sous la cognée et semblent gémir en se détachant de l’arbre pour tomber sur le sol ! Tiens, la Gertrude, c’est un ben triste métier que celui de bûcheron. Outre qu’il est fatigant, il m’arrive souvent d’avoir le cœur bouleversé en voyant les beaux chaesnn (chênes) aux noueux rameaux, les sapins élancés et les bouleaux blauncs tomber sous mes coups. »
— « Je t’engage, en effet », dit la femme d’un air moqueur, à t’apitoyer sur le sort des arbres et de leurs rameaux. Si je n’étais pas fatiguée, je crois vraiment que j’aurais du plaisir à t’écouter préschae de la sorte.
— « Tu penses peut-être », ajouta-t-elle, « que de mon côté je n’ai rien fait de la journée. Tu te trompes, mon om. Moi aussi je suis harassée ce soir. J’ai profité du beau temps pour récolter les pommes de terre du courtil, et à ct'heure elles sont à sécher dans le solayer (grenier). »
— « Faut-il donc, mon Dieu ! » continua Gertrude, « qu’à notre âge, nous soyons obligés de travahae (travailler), sans repos ni trêve, pour vesqi (vivre) misérablement ? »
— « Et dire que c’est notre maèrr (mère) Eve qui nous vaut tout cela », ajouta Gertrude.
— « C’est ben tout de même vrai », répondit Jérôme. « Sans son inqualifiable curiosité, nous serions encore dans le paradis terrestre à sonyae (rêver) sous les bosquets en fleurs. »
— « Hélas ! Dame oui », répliqua Gertrude en soupirant.
A DEMAIN POUR LA SUITE