Bez’a zo brema pell-amzer’
D’ar c’houlz m’ho devoa dennt ar ier.
Il y a de cela bien longtemps,
Quand les poules avaient des dents
Le lendemain matin, quand sa mère vint, elle fut saisie d’horreur au spectacle qui
s’offrit à ses yeux, et s’écria :
— « Dieu, mon fils, qu’avez-vous fait ? »
— « Je lui ai fait, ma mère, ce qu’elle voulait me faire à moi-même. »
Trois mois après, l’envie de se marier reprit le seigneur à la tête de poulain, et il pria sa mère de lui aller demander la seconde fille du fermier.
Celle-ci ignorait, sans doute, la manière dont sa sœur avait péri ; aussi, accepta-t-elle
avec empressement la proposition qui lui était faite, toujours à cause des grands biens du jeune seigneur.
Les préparatifs de la noce commencèrent aussitôt, et un jour qu’elle était, comme sa sœur,
près du douet, regardant les lavandières du château, causant et riant avec elles, quelqu’une lui dit :
— « Comment pouvez-vous prendre pour mari un homme à tête de poulain, jolie comme vous êtes ? Et puis, prenez bien garde, personne ne sait bien au juste ce qu’est devenue votre sœur
aînée… »
— « Soyez donc tranquilles, je saurai bien me débarrasser de cet animal-là ; je le tuerai comme un pourceau, la première nuit de ses noces, et tous ses biens me
resteront. »
En ce moment vint encore à passer le même seigneur inconnu, qui s’arrêta un instant et dit
:
— « Vous avez là une étrange conversation, jeunes filles ! »
— « Ce sont ces filles, Monseigneur, qui me dissuadent de me marier avec le jeune maître du château, parce qu’il a une tête de poulain ; mais, je l’égorgerai, comme un pourceau, la première
nuit de mes noces, et tous ses biens m’appartiendront. »
— « Vous ferez bien, » répliqua l’inconnu ; et il disparut.
Les noces furent célébrées avec solennité, comme la première fois ; festins magnifiques, musique, danses, toutes sortes de jeux.
Mais, le lendemain matin, la jeune mariée fut encore trouvée dans son lit, la tête coupée
!…
Trois mois après, le jeune seigneur à la tête de poulain dit à sa mère de lui aller demander la troisième fille du fermier.
Les parents firent des difficultés, cette fois ; le sort de leurs deux aînées les effrayait.
Mais, on leur offrit de leur céder leur métairie en toute propriété, et ce fut là un argument irrésistible.
D’ailleurs, la jeune fille elle-même était consentante et dit à sa mère :
— « Je le prendrai volontiers, ma mère ; si mes deux sœurs ont perdu la vie, c’est de leur faute ; c’est leur langue qui en a été la cause. »
A DEMAIN POUR LA
SUITE