Les Aventures de Monsieur Tam-Kik

D’après Ernest du Laurens de la Barre
Première partie
Voilà donc que Monsieur Tam-Kik demanda son compte à son bonhomme de père, qui avait bientôt soixante-douze ans, et qui ne pouvait le nourrir à rien faire.
Tam-Kik, depuis trois semaines au moins, voulait partir pour voir le beau pays de Bretagne, chercher des aventures et ramasser quelques sous pour le vieux; mais chaque fois que Tam-Kik parlait de départ, le vieux Job secouait tristement la tête, regardait de l’autre côté et passait sa manche sur ses yeux.
Finalement, comme il y a une fin à tout, Tam donna quittance de rien à son père et tuteur, et sortit de la hutte sans regarder derrière lui.

Tam-Kik avait été surnommé ainsi par les petits garçons des villages voisins, parce qu’il allait, par ci, par là, aux portes des métairies demander un petit morceau à manger, en disant :
"Morceau de viande ou de pain.
Toujours charité fait du bien."
Faut vous dire que dans la pauvre maison de Job, Tam-Kik n’avait jamais senti l’odeur du lard, ni frais ni salé, car le pauvre vieux journalier, n’ayant ni sous ni rentes, vivait principalement de la charité des seigneurs de Lothéa.
Manoir des seigneurs de Lothéa près de Quimperlé
Au surplus, quand il avait son écuellée de soupe de pain noir, Job ne désirait rien de personne.
Plus raisonnable en cela que bien des gens qui se font maigrir, en vérité, à force de vouloir s’engraisser avec le bien du prochain.
Plus raisonnable aussi que Monsieur Tam-Kik, son digne fils, qui disait, en regardant ses maigres jambes, qu’un peu de lard le dimanche ne lui ferait pas de mal aux dents.
C’était, du reste, le seul défaut, la seule ambition de Monsieur Tam, et encore doit-on l’excuser, puisqu’il désirait ces douceurs pour son vieux père plus que pour lui.
Par ailleurs, Tam-Kik était un garçon parfait, sauf la beauté qui lui faisait un peu défaut.
Je crois qu’il était louchait et portait une petite bosse sur le dos.
N’importe, il avait bien d’autres qualités préférables dans le cœur. Il était bon pour les bêtes et les gens, charitable quand il avait trop, chose rare en vérité, et pieux toujours, en souvenir de sa bonne femme de mère, qu’il avait vu mourir trois jours avant sa première communion.
Ah ! qu’il parlait avec enthousiasme de ce beau jour de sa première communion, et il y avait de quoi, en vérité ! Figurez-vous Tam-Kik vêtu d’un bel habit, ayant appartenu au fils du garde-chasse de Lothéa. Il y en a qui disent que l’habit était un peu ample: bagatelle ! Il n’en était que plus à l’aise pour chanter ses cantiques; et un beau cierge de douze sous pour le moins, et un chapeau neuf !…. La joie de vivre, cette journée en compagnie d'une fille du village.

Ah ! le beau jour, Jésus, Jésus-Maria !
Tam-Kik partit donc, et s’il n’emporta point d’argent ni de sabots neufs, il eut pour passe-port la bénédiction de son vieux père.
Ça devait lui porter bonheur, car, vous le savez, le bon Dieu conduit toujours les bons fils par la main.
Fin de la première partie