
Un jour, elle apprit que le roi avait fait publier, à son de trompe, qu’il donnerait sa fille en mariage au jeune homme qui lui apporterait les plus belles pêches.
Justement la veuve possédait, dans son courtil, un pêcher qui, cette année-là, avait des fruits superbes.
Elle dit à son fils aîné :
— Il faut remplir un panier de pêches et les porter au roi.
— Sans compter, répondit le gas, qui était un fieffé paresseux, j’épouserions ben la fille du roi, pour n’avoir ren à faire.
Il cueillit des pêches et se dirigea vers la demeure royale.

Chemin faisant, il fit la rencontre d’une vieille mendiante qui lui demanda :
— Que portes-tu donc si précieusement dans ton panier ?
Le gas, peu poli, répondit :
— Des œufs, ma bonne femme.
— Prends garde qu’ils soient éclos avant d’être rendus à destination.
Lorsqu’il arriva dans la cour du palais,

le roi, qui s’y promenait, lui dit :
— Qu’as-tu là ? mon garçon.
— Des pêches, Sire.
— Montre-les moi.
Le jeune gas ouvrit le panier et aussitôt toute une couvée de petits poussins se sauva dans la cour.

— Qu’est-ce que cela signifie ? s’écria le roi. Veux-tu te moquer de moi ? Sors d’ici et que je ne te revoie pas, ou sans cela je te fais jeter dans les oubliettes de mon palais.
Le garçon ne se le fit pas répéter deux fois, il se sauva raconter à sa mère ce qui lui était arrivé.
— Tu n’es qu’une bête, répondit la bonne femme, ton frère cadet sera plus malin que toi.
Le lendemain, elle appela son second fils.
— Cueille des pêches, mon enfant, et porte-les au roi pour épouser sa fille.

Le cadet obéit à sa mère, et s’en alla vers le palais.
Lui aussi rencontra la vieille mendiante qui lui demanda ce qu’il portait ainsi.
— Des crapauds ! la curieuse.
— Prends garde de dire vrai.
Lorsque le roi fut informé qu’on lui apportait des pêches il ordonna d’introduire le petit paysan.
— Montre-moi tes fruits, mon ami.
Le jeune homme ouvrit aussitôt son panier et de gros crapauds se sauvèrent dans tous les coins du château.

— Misérable ! s’écria le roi, tu m’apportes des crapauds, je vais te faire arrêter.
Mais le gas n’attendit pas son reste et s’enfuit à toutes jambes.
La mère, têtue comme une Bretonne qu’elle était, dit à ses deux aînés :
— Vous n’êtes que des sots; votre jeune frère, seul, a de l’esprit.
Elle appela ce dernier, lui cueillit elle-même des pêches, et l’envoya chez le roi.

Il rencontra, comme ses frères, la mendiante qui lui demanda ce qu’il portait ainsi.
— Des pêches, ma bonne femme, répondit-il.
— Montre-les moi.
Le jeune homme ouvrit son panier, la vieille toucha chaque pêche qui atteignit aussitôt une grosseur prodigieuse.

Fin de la première partie