Deuxième Partie
J’avais demandé aux voisins et aux meilleurs amis de Marie-Louise de m’accompagner jusqu'à son Penty du bord de mer
afin de prendre un café ou un verre de vin à l’issue de la cérémonie, chacun y allait de ses condoléances et de son couplet sur la femme de mérite qu’était ma grand-mère.
Je vous avoue sincèrement que bien que j’appréciais beaucoup leurs gentillesses et leurs marques de tendresse,
je fus soulagé une heure et demi plus tard de me retrouver enfin seul dans la petite chaumière.
Mes grands-parents n’avaient pas une luxueuse demeure, sûrement pas, bien au contraire, mais elle avait le charme de ces petites maisons traditionnelles bretonnes qui fleurissent sur les cartes postales.
Ce n’était rien qu’un petit rectangle de granit avec des volets bleus sur lequel on avait posé un toit de chaume qui lui donnait du caractère.
Il y avait une pièce à vivre avec la table de salle à manger et le buffet en chêne massif, puis faisant face à ce dernier, la porte d'entrée de cette grande pièce ... !!!
Dans la petite cuisine, il y avait juste assez de place pour faire à manger,
au bout du couloir, deux chambres en rez-de-chaussée,
un cabinet de toilette qui n’incitait pas à la méditation
et une salle de bain étroite avec un lavabo et une baignoire sabot.
Dans le fond du potager une petite remise servait de rangement pour les outils de jardins.
La première chambre était celle de grand-mère.
J’ouvris les volets pour aérer et éclairer la pièce qui était bien lugubre, personne n’y avait touché depuis la veillée mortuaire.
La seconde chambre était celle de grand-père,
et chose agréable, la vue sur l’océan était superbe,
au premier plan il y avait un cormoran sur les rochers, il avait fière allure, sa prestance me fit penser à la chanson de Barbara, « l’aigle noir », je la fredonnais machinalement.
Le mobilier était des plus magnifiques surtout l’armoire en chêne massif entièrement sculptée.
Mon arrière-grand-père était sabotier et sculpteur sur bois.
Il nous avait laissé de nombreux témoignages de son art.
Il y avait cependant une particularité, quelque chose dont je n’avais pas souvenance, dans l’angle de droite en entrant et faisant face à la fenêtre, je regardais un objet insolite pour ce lieu restreint, une cage à oiseau vide.
Ce n’était pas vraiment l’endroit pour une cage, grand-mère avait dû la mettre là en attendant de s’en débarrasser.
Cependant le plus surprenant, c’est qu’elle semblait parfaitement à sa place.
De l’autre côté du lit, il y avait un chevet dont le tiroir était mal fermé.
J’avais toujours été quelqu’un de très ordonné pour ne pas dire maniaque, machinalement ma main essaya de fermer le tiroir, je n’y suis pas arrivé, quelque chose bloquait.
J’ouvris le tiroir pour mieux m’en rendre compte, il y avait un manuscrit sur la première page je pouvais lire :
« Mes années sans vie » par Erwan, maire de Locmariaquer de 1946 à 1954.
Je me suis assis sur le lit, face à la mer, j’ouvris le dossier de mon grand-père.
Il y avait laissé la trace d’une partie de son existence sous la forme d’une trentaines de feuillets écrits à la main.
Je commençais à lire le document, il était rédigé à la façon d’un journal, chaque paragraphe commençait par la date du jour.
A demain pour la fin