La princesse de l’étoile brillante
(Sixème épisode)

Selaouit, mar hoc’h eus c’hoant,
Hag e clevfot eur gaozic coant,
Ha na eus en-hi netra gaou,
Met, marteze, eur gir pe daou.
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Ecoutez, si vous voulez,
Et vous entendrez un joli conte,
Dans lequel il n’y a pas de mensonges,
Si ce n’est, peut-être, un mot ou deux.

En ce moment, on entendit un grand bruit, dehors.
- « Voilà mon fils aîné, Janvier, qui arrive ! » dit la vieille. « Comment faire ?… Je dirai que tu es mon neveu, un fils de mon frère, et que tu es venu me rendre visite et faire connaissance avec tes cousins. Dis-leur que ton nom est Yves Pharaon, et sois bien gentil avec eux. »
Aussitôt, dégringola par la cheminée un énorme géant, à barbe et cheveux blancs, grelottant de froid et faisant :

- « Brrr ! Brrr !!! … iou ! iou !… J’ai faim, mère, j’ai faim et froid !… Brrr !… »
- « Asseyez-vous là, près du feu, mon fils », lut dit la vieille, « et je vais vous préparer à manger. »
Mais, le géant aperçut bientôt le meunier, blotti dans un coin, et demanda:
- « Qu’est-ce que ce ver de terre, mère ? Je vais l’avaler, en attendant mon souper… »
- « Restez-là tranquille, sur votre escabeau, mon fils, et gardez-vous bien de faire du mal à cet enfant; c’est le petit Yves Pharaon, mon neveu et votre cousin. »
- « J’ai grand ’faim, mère, et je veux le manger », reprit le géant, en montrant les dents.
- « Tenez-vous tranquille là, vous dis-je, et ne laites pas de mal à cet enfant, ou gare le sac !… »
Et elle lui montra du doigt un grand sac sur la chaise.

Alors, le géant se tint coi et ne dit plus mot.
Les deux autres fils de la vieille, Février et Mars, arrivèrent aussi, l’un après l’autre, avec un vacarme épouvantable.

Des pierres volaies dans le ciel, des arbres craquaient et les loups hurlaient.
C’était effrayant !

La vieille avait bien du mal à défendre son protégé contre la voracitédes géants, et elle n’y parvenait qu’en les menaçant du sac.

Enfin, ils se mirent tous à table ensemble, comme de bons amis, et dévorèrent trois bœufs entiers et burent trois barriques de vin, en un instant.
Quand les géants furent repus, ils se calmèrent et causèrent tranquillement avec leur prétendu cousin. Janvier lui demanda :
- « Dis-nous, à présent, cousin, si ton voyage n’a pas d’autre but que de nous rendre visite ? »

- « Si, mes chers cousins, je veux aller jusqu’au château de la princesse de l’Étoile-Brillante, et si vous pouvez m’en enseigner le chemin, vous me rendrez un grand service. »
- « Jamais je n’ai entendu parler du château de l’Étoile-Brillante », répondit Janvier.
- « Moi, j’en ai bien entendu parler, mais je ne sais pas où il est », dit Mars.

- « Moi », dit Février, « je sais où il est; j’ai même passé par là, hier, et j’y ai vu de grands préparatifs pour les noces de la princesse, qui auront lieu demain. On a tué cent bœufs et des veaux et des moutons et des poulets et des canards en quantité, — je n’en saurais dire le nombre, — pour les grands festins qui doivent avoir lieu. »
- « La princesse va se marier ! » s’écria le meunier; « il faut alors que j’y arrive, avant la cérémonie; enseigne-moi le chemin, mon cousin Février. »
- « Je ne demande pas mieux », répondit Février; « j’y retourne demain, mais tu ne pourras pas me suivre. »
- « Si ! Si ! J’ai des guêtres avec lesquelles je fais sept lieues, à chaque pas. »

- « C’est bien; alors, nous partirons demain matin ensemble. »
FIN DU SIXIEME EPISODE