Le Chêne Creux du Grand domaine

Durant la Révolution, les prêtres, qui avaient refusé de prêter serment à la constitution civile du clergé et de se soumettre aux lois républicaines, étaient activement recherchés.
Un des curés de Lohéac - surnommé le Père Lapipe - était de ceux-là.
Un jour que sa cache avait été découverte dans le bourg, il dut se sauver précipitamment devant un groupe de soldats républicains.
Pour courir, il avait pris ses sabots à la main et il se sauvait aussi vite qu'il le pouvait.
Mais les militaires, jeunes et bien entraînés, ne lui cédaient pas de terrain. Au contraire même, ils en gagnaient sur lui.

Heureusement, il était arrivé au chemin bordant le Grand Domaine du Plessis-Anger, un chemin encaissé très resserré, comme il en existait beaucoup à l'époque, et bordé de gros chênes dont certains étaient creux.

Sur le point d'être rejoint, le Père Lapipe grimpa dans l'un de ces arbres et se glissa à l'intérieur du tronc. Il était sauvé.
Ce n'est qu'à la tombée de la nuit qu'il sortit de sa cachette et alla se présenter chez les villageois du Plessis-Anger, où il trouva gîte et couvert. Il y demeura plusieurs jours, sachant bien que les recherches militaires allaient se poursuivre quelque temps au bourg de Lohéac.
Les habitants du village s'étaient mobilisés pour protéger le prêtre.

A tour de rôle ils l'hébergeaient durant la nuit, mais pendant la journée, par crainte d'une perquisition inopinée des bleus, le Père Lapipe allait se cacher dans son chêne creux.

Cependant le malheureux ne pouvait rester longtemps dans sa cache sans avoir froid aux pieds.
L'hiver était là dans toute sa rigueur. Le prêtre était donc obligé de descendre de son arbre et de se réchauffer. Il martelait alors le sol gelé avec ses sabots pour donner un peu de chaleur à ses membres engourdis.
Le paysan, qui lui apportait sa pitance du midi (galette de sarrasin ou miée de cidre doux accompagnée de quelques poignées de châtaignes grillées), l'a surpris plus d'une fois en train de saboter.



Bien des années après cette difficile période, les habitants du Plessis-Anger, passant près du chêne creux où avait séjourné le Père Lapipe, ont entendu à plusieurs reprises des sabots frapper le sol de l'autre côté de la haie bordant le chemin du Grand Domaine.
Ils se sont précipités pour voir qui pouvait faire ce bruit, mais ils n'ont jamais rien remarqué...
Le Père Lapipe était mort depuis longtemps.
Ils se sont demandés si ce n'était pas lui qui revenait parfois sur terre.
